L’église Notre-Dame de l’Île-d’Arz

Histoire, architecture et mobilier de l’église paroissiale de la Nativité de Notre-Dame, ancienne église du prieuré-cure.

Aux origines de l’église : l’Île-d’Arz vers 1032

Au début du XIe siècle, l’histoire religieuse de l’Île-d’Arz se partage entre deux établissements bénédictins : le prieuré Notre-Dame, lié à l’abbaye de Saint-Gildas de Rhuys, et celui de Saint-Georges, lié à l’abbaye du même nom à Rennes. L’église actuelle est celle de l’ancien prieuré Notre-Dame.

Vers 1032, le duc Alain III de Bretagne concède une moitié de l’île et de ses droits à l’abbaye Saint-Georges de Rennes. L’acte est daté par les historiens d’une période plus large, entre 1024 et 1034. Il éclaire la présence des deux prieurés sur l’île, mais ne date pas la construction de l’église Notre-Dame, dont les parties visibles appartiennent à des époques postérieures.

Source : Étienne Mathieu, « La naissance des prieurés de l’abbaye féminine Saint-Georges de Rennes (1024-1047) ».

Une église d’origine romane

L’église paroissiale de la Nativité de Notre-Dame est celle de l’ancien prieuré-cure. Son origine explique ses éléments romans. Ses transformations successives ont modifié le plan initial en croix latine.

Une inscription sur les sablières de la nef mentionne l’année 1412 et Johan Piers. Le texte de cette inscription est trop altéré dans la transcription fournie pour être reproduit intégralement.

Le chœur et les agrandissements

Au XVIe siècle, le chœur a été reconstruit avec un chevet à trois pignons. Une inscription évoque des travaux commencés au mois d’avril, mais plusieurs mots et la date ne sont pas lisibles dans le document fourni.

Le bras nord du transept a ensuite été complété par une chapelle à l’ouest. Un passage reliait le croisillon au prieuré ; une autre porte donnait sur le cimetière.

Les travaux du XVIIIe siècle

Une note de 1752 décrit le pavage du chœur et du transept, les réparations de leur toiture et les dépenses supportées par les décimateurs, le recteur et les paroissiens. La nef, jusque-là presque dépourvue de pavage, a été pavée aux frais des paroissiens. Les réparations du clocher ont été financées en commun.

La même année, on installe un portail neuf, une claire-voie sur le reliquaire et deux passages de clôture, l’un en bois au sud du cimetière, l’autre en pierre au nord.

À l’occasion de la mission de 1754, un tableau de la Descente de croix est placé au-dessus du tabernacle et une croix de mission est dressée près de la porte nord.

Révolution et réparations

La fabrique entreprend de nouvelles réparations en 1790. L’abolition des dîmes l’empêche alors de faire contribuer les gros décimateurs ; elle sollicite le Directoire du district de Vannes.

En 1808, le maire et le desservant évaluent les réparations nécessaires à 2 400 francs. Leur demande de secours souligne la pauvreté de l’île et l’absence de nombreux habitants, partis en mer ou détenus en Angleterre pendant la guerre.

Le chantier du XIXe siècle

Le 15 mars 1836, le conseil de fabrique demande une réparation importante de l’église et la reconstruction de la sacristie, devenue trop petite et menaçant ruine. Il ne dispose que de 600 francs pour un devis de 1 500 francs. Un ouragan endommage ensuite le clocher et la toiture.

En 1837 et 1839, le conseil réclame de nouveaux secours pour le lambris et la poursuite de la restauration commencée en 1838, évaluée à 3 000 francs.

En 1844, le porche et le pignon menacent ruine. Leur reconstruction permet d’aménager un baptistère et un espace de rangement. Le devis atteint 2 410 francs, alors que la fabrique ne dispose que de 100 francs. La commune invoque à son tour la pauvreté de l’île pour demander une aide publique.

Le cyclone de 1900

Le 14 février 1900, un cyclone endommage gravement la toiture, emporte une partie du clocher et abîme les fenêtres. La fabrique consacre ses fonds à mettre l’église hors d’eau, pendant que la commune répare les digues.

Le clocher conserve ensuite pendant plus d’un demi-siècle une silhouette tronquée. Il retrouve finalement sa hauteur lors d’une restauration qui remet aussi les pierres intérieures à nu et remplace les anciens autels de bois.

Son architecture intérieure

Le carré du transept

L’architecture romane se lit particulièrement à l’intérieur. Le carré du transept présente quatre arcs brisés à double rouleau, portés par des piles d’angle et des colonnes engagées. Les bases sont formées de trois tores superposés et ornées de griffes.

Les chapiteaux montrent des motifs végétaux, des atlantes, un masque, des béliers et d’autres animaux. Roger Grand voyait dans certains d’entre eux les symboles des quatre évangélistes. L’identification de ces figures reste incertaine.

Nef et parties anciennes

Les arcs du transept portent la souche maçonnée de la tour carrée. Du côté de la nef, une niche cintrée est creusée au-dessus d’un cordon horizontal.

Les arcs brisés et les griffes des colonnes situent cette construction vers l’extrême fin du XIIe siècle. Dans la nef et le bras sud du transept, d’étroites meurtrières ébrasées vers l’intérieur semblent appartenir à des parties encore plus anciennes.

Chapelles et chœur

Une chapelle ajoutée à l’ouest du bras nord communique avec lui par une petite arcade en plein cintre. Au sud, une autre petite chapelle s’ouvre par une arcade largement chanfreinée.

Deux passages obliques conduisent au chœur reconstruit au XVIe siècle. Celui-ci se termine par une abside à trois pans, éclairée par les trois fenêtres du chevet. On y trouve une armoire murale et une crédence en anse de panier ; la porte de la sacristie adopte la même forme.

Charpente et protection

L’église conserve son ancienne charpente, avec ses entraits, ses poinçons et ses sablières inscrites. Le lambris de la nef a été retiré lors d’une restauration ; un berceau de plâtre et des voûtains rayonnants ont été conservés au-dessus du chœur.

Classée monument historique depuis 1875 selon le texte fourni, l’église compte parmi les édifices romans remarquables du Morbihan.

Ses aspects extérieurs

Le chevet et les toitures

Vu du sud-est, le chevet présente trois pignons, des contreforts moulurés et trois fenêtres en arc brisé. La fenêtre centrale comprend trois formes et un remplage de soufflets ; les deux autres comprennent des lancettes et un oculus.

Les toitures du chœur, de la sacristie, de la nef et des bras du transept se superposent à des niveaux différents. La tour carrée dépasse peu de cette couverture d’ardoise et porte un clocher en charpente surmonté d’une flèche polygonale.

Les murs romans

Au sud, les murs en moellons enduits, les contreforts plats et les étroites meurtrières conservent la trace du bâtiment roman. La nef présente elle aussi une ouverture ancienne, à côté de fenêtres plus tardives de formes gothique, cintrée et en accolade.

Au nord, le mur roman est percé d’une seule meurtrière. Le bras nord garde ses contreforts plats d’origine, mais possède une fenêtre cintrée en pierre blanche et une chapelle adossée à l’ouest.

La façade occidentale

La partie reconstruite au XIXe siècle présente de nouvelles fenêtres en arc brisé. La façade occidentale conserve une physionomie gothique : contreforts obliques, porte en lancette, gable à décor végétal, niche à statuette et oculus quadrilobé au centre du pignon.

L’entrée nord

Un appentis protège la porte en plein cintre qui donne accès à l’église. Le mur du chœur est couronné d’une corniche moulurée.

L’église restaurée et son mobilier

Les autels et Notre-Dame d’Espérance

La restauration a entraîné la disparition des trois autels de bois, du tableau du Rosaire peint en 1838 par Louis Grimaud à la demande de François Rio, du tableau de sainte Anne, de la chaire et de plusieurs statues de dévotion.

L’autel principal, installé dans le carré du transept, est une table de granit reposant sur un massif maçonné. Un autel secondaire se trouve près de l’arc triomphal, sous une statue de Notre-Dame d’Espérance. La Vierge tend un bras protecteur et pose l’autre main sur une ancre.

Une tradition des familles de marins

Selon les Légendes du Morbihan de Fouquet, des mères venaient prier devant Notre-Dame d’Espérance avec leur fils appelé au service militaire. Elles recueillaient dans un sachet la poussière de l’autel, qu’il emportait comme signe de protection et rapportait à son retour.

Le vitrail du chevet montre la Vierge entourée d’anges, une femme en prière et un jeune marin offrant un navire en ex-voto.

Vitraux et chapelles

Les fenêtres latérales du chœur présentent les évangélistes et leurs symboles. Près de la porte nord se trouve un bénitier quadrangulaire.

Un vitrail signé L. Léglise et daté de 1935 représente sainte Anne et la Vierge. La chapelle voisine accueille les fonts baptismaux. Au sud, un vitrail représente sainte Thérèse de l’Enfant Jésus devant la Vierge. La chapelle du Saint-Sacrement contient un tabernacle fait d’un ancien coffre de fer et une pierre tombale ornée d’une croix.

La nef et la Descente de croix

Dans la nef, un crucifix ancien est accompagné de statuettes de la Vierge et de saint Jean sculptées par Jégouzo. Un vitrail d’Uzureau, posé en 1947, montre Notre-Dame de la Mer et les martyrs nantais Donatien et Rogatien.

La suppression de la tribune a dégagé l’accès aux deux chapelles latérales du porche. On y voit le tableau de la Descente de croix peint par Lhermitais en 1754 pour le maître-autel, d’après une composition de Charles Le Brun.

Le cimetière

Le cimetière s’est étendu vers l’ouest sur un second niveau. Devant le bras nord du transept subsistent le support de la croix de mission et deux piédestaux. On y trouve également la tombe de l’écrivain et critique d’art François Rio, qui participa à la Petite Chouannerie de 1815.

Dans la partie basse du cimetière se dresse une grande croix de granit.

L’ancien prieuré

Au sud de l’église, l’ancienne maison prieurale a été rebâtie dans les premières années du XVIIIe siècle puis restaurée pour servir de mairie. Son corps de logis est flanqué de deux pavillons et coiffé de lucarnes à fronton triangulaire ou curviligne. Avec l’église, elle forme le cœur historique de l’Île-d’Arz.

La chapelle Notre-Dame de Lourdes à Ilur

Une ancienne paroisse

Ilur est une île du Morbihan où la chapelle est aujourd’hui entourée de résidences d’été. Elle formait autrefois une paroisse ; son recteur percevait la dîme sur les terres cultivées en vigne et en blé.

La paroisse disparaît du pouillé en 1580. Au début du XVIIe siècle, l’église est dépourvue de toit.

Le rattachement à l’Île-d’Arz

En 1615, Ilur est annexée à la paroisse de l’Île-d’Arz. L’église et le presbytère sont réparés ; le recteur choisit d’y résider pendant 38 ans. À la fin du XVIIe siècle, l’île ne compte plus que cinq ou six ménages. Depuis la Révolution, elle fait partie de la commune de l’Île-d’Arz.

L’église Notre-Dame de l’Île-d’Arz