Île-d’Arz : histoire et patrimoine
Des deux prieurés médiévaux aux villages, aux activités maritimes et aux personnages qui ont marqué l’île.
Le nom de l’île
Le nom ancien apparaît notamment sous les formes Art et Ars. L’interprétation « île de l’ours » est parfois proposée, mais elle doit rester présentée comme une hypothèse étymologique.
L’Île-d’Arz a également été surnommée l’île des Capitaines, en référence à sa tradition maritime.
Deux prieurés, une île
À partir du XIe siècle, l’histoire de l’île est marquée par deux établissements religieux :
- Notre-Dame, lié à l’abbaye de Saint-Gildas-de-Rhuys, dans la partie méridionale de l’île ;
- Saint-Georges, lié à l’abbaye Saint-Georges de Rennes, dans la partie septentrionale.
Chacun possédait des terres et des droits sur son domaine. Leur histoire explique une grande partie de l’organisation ancienne de l’île.
Les grandes étapes de l’histoire
Vers 1008 · Notre-Dame
Selon le récit historique repris dans le texte d’origine, le duc Geoffroy Ier donne la partie sud de l’île à saint Félix, abbé de Saint-Gildas-de-Rhuys.
Cette donation est à l’origine du prieuré Notre-Dame. Son église remplit aussi une fonction paroissiale.
Vers 1033 · Saint-Georges
Le duc Alain III attribue l’autre partie de l’île à l’abbaye Saint-Georges de Rennes.
Le prieuré Saint-Georges dispose de terres, de revenus et de droits seigneuriaux. Les îles du Drénec figurent parmi les possessions mentionnées dans les récits anciens.
1615 · Ilur et Arz
Ilur possédait autrefois sa propre paroisse. En 1615, son église cesse d’en être le siège au profit de l’église priorale d’Arz.
Cette évolution rapproche durablement l’histoire religieuse d’Ilur de celle de l’Île-d’Arz.
1790 · La commune
L’Île-d’Arz devient une commune. La Révolution met fin à l’ancien ordre religieux et seigneurial ; les biens des établissements ecclésiastiques sont progressivement vendus.
1800 · Un épisode violent
Jean-Vincent Le Touzé du Guernic, maire de l’île et lié au domaine de Kernoël, est enlevé pendant les troubles de la chouannerie.
Son corps est retrouvé le 30 avril 1800. Le texte ancien situe son enlèvement deux ou trois mois auparavant.
XIXe siècle · Nouvelles activités
À côté de l’agriculture et de la navigation, les sources évoquent la récolte du varech, les salines, le travail textile et le développement de l’ostréiculture à partir de la seconde moitié du XIXe siècle.
Les deux prieurés et leurs bâtiments
Notre-Dame · Le prieuré et l’église
Le prieuré Notre-Dame dépendait de Saint-Gildas-de-Rhuys. Son église était à la fois l’église du prieuré et celle de la paroisse : le prieuré ne possédait donc pas de chapelle distincte.
Le bâtiment de l’ancien prieuré se trouve près de l’église, au bourg. L’édifice conservé date principalement du XVIIIe siècle ; ses façades et ses toitures sont inscrites au titre des monuments historiques.
Saint-Georges · Une maison priorale à identifier
Le prieuré Saint-Georges dépendait de l’abbaye Saint-Georges de Rennes. Les textes anciens lui attribuent notamment une maison, des terres, un moulin à vent et des droits sur la partie nord de l’île.
À Pennéro, une maison ancienne a pu servir de métairie ou de maison priorale à Saint-Georges. L’Inventaire du patrimoine présente toutefois ces deux possibilités sans trancher : l’identification exacte du bâtiment reste à confirmer.
Églises, chapelles et patrimoine bâti
L’église de la Nativité de Notre-Dame
L’église conserve des éléments anciens, notamment dans la nef et le transept. Elle a connu plusieurs campagnes de construction et de restauration, dont celles signalées en 1396, 1412 et 1553.
Les inscriptions anciennes de sa charpente constituent des témoignages précieux sur les travaux réalisés au fil des siècles.
Voir la notice de l’Inventaire du patrimoine L’Eglise Notre-Dame de l’Île d’Arz
L’église et la chapelle d’Ilur
Ilur possédait une ancienne église paroissiale d’origine romane. Déjà décrite comme ruinée au début du XVIIe siècle, elle a été remplacée par une chapelle reconstruite en 1881-1882.
Des sarcophages conservés sur place témoignent de l’ancienneté de l’occupation religieuse du site ; leur datation précise appelle de la prudence.
Le manoir de Kernoël
Le manoir de Kernoël est mentionné au XVe siècle. L’Inventaire du patrimoine indique qu’il appartenait alors à Anthoine Lehen.
Le logis et les communs visibles aujourd’hui présentent notamment des éléments attribués à la fin du XVIe ou au début du XVIIe siècle. Le domaine conserve aussi le souvenir des familles et des événements liés à la chouannerie.
Le moulin de Berno
Le moulin à marée de Berno dépendait du prieuré Notre-Dame. Un aveu de 1575 atteste déjà son existence.
Il rappelle le rôle des moulins dans l’économie ancienne de l’île et l’utilisation du mouvement des marées pour moudre les grains.
Les traces anciennes du paysage
Le texte d’origine signale des monuments mégalithiques ou leurs vestiges à Pen Raz, Gréavo, Brouël, Pen-Lious et Pennéro.
Ces mentions anciennes sont utiles pour orienter une recherche, mais l’état et l’identification de chaque vestige doivent être vérifiés sur place ou dans les inventaires archéologiques.
Salines et village de Quéléron
Les archives citées dans le texte mentionnent des marais salants associés au domaine de Kernoël. Elles invitent aussi à rechercher l’histoire du village paludier de Quéléron.
Les dates proposées pour l’origine du village restent à vérifier dans les actes, les plans cadastraux et les documents de terrain.
Personnages et vie de l’île
Personnages marquants de l’île
- Jean-Vincent Le Touzé du Guernic : premier maire de l’île, assassiné pendant la chouannerie en 1800.
- Joseph Mahé : chanoine et érudit, auteur d’un ouvrage sur les antiquités du Morbihan.
- Georges Monnier : professeur puis député au XIXe siècle.
- Alexis-François Rio : écrivain et historien de l’art, élevé à l’Île-d’Arz et inhumé sur l’île.
- Jean-Marie Le Joubioux : prêtre, écrivain et poète de langue bretonne.
- L’abbé Joseph Rio : ancien maire de l’île, associé au développement du travail textile et à l’histoire de la baignoire attribuée à Marat.
- Jean Bulot : marin et écrivain, ancien capitaine du remorqueur Abeille Flandre. Il a contribué à la restauration du moulin à marée de Berno.
- Réfection du moulin de Berno
La baignoire attribuée à Marat
Une baignoire en cuivre, présentée comme celle dans laquelle Jean-Paul Marat fut assassiné en 1793, entre au XIXe siècle dans la famille de Saint-Hilaire.
Elle accompagne ensuite Adélaïde de Saint-Hilaire et l’abbé Joseph Rio au fil de leurs déplacements. Tous deux terminent leur vie à l’Île-d’Arz. À la mort de l’abbé Rio, en 1876, l’objet est légué à l’évêché de Vannes ; son histoire se poursuit notamment à l’Île-aux-Moines.
La baignoire est aujourd’hui présentée au musée Grévin. Son parcours est documenté.
Une économie tournée vers la terre et la mer
La navigation occupait une place importante dans la vie des familles de l’île. Les terres étaient cultivées, tandis que moulins, vignes, salines et récolte du varech témoignent d’activités variées.
Au XIXe siècle, l’ostréiculture se développe également autour de l’île. Cette diversité aide à comprendre les métiers rencontrés dans les archives et les actes d’état civil.
Tradition et lecture des sources
La légende de l’isthme disparu
Une légende raconte qu’un passage de terre aurait autrefois relié l’Île-d’Arz à l’Île-aux-Moines. La mer l’aurait submergé pour séparer deux amoureux.
Ce récit appartient au patrimoine oral. Il ne constitue pas, à lui seul, une preuve de l’évolution géologique du golfe.
Comment utiliser ce texte
Cette page est une synthèse de lecture. Les citations de chartes, les listes de titulaires, les montants des ventes révolutionnaires et certaines datations demandent une consultation des documents d’origine avant d’être utilisés comme références définitives.
Les notices de l’Inventaire du patrimoine permettent de distinguer les bâtiments encore visibles des établissements religieux auxquels ils appartenaient.

